Le progressif adapté à la vie (1)

Nous, verriers, avons rêvé pendant des années au verre idéal convenant à tous. En fait, les contraintes de  la vie moderne, les exigences des porteurs, l’informatique, les loisirs, etc… nous apprennent que ce  progressif universel est une utopie.

 

Les contraintes industrielles ont retardé cette prise de conscience. Nous-mêmes avons probablement  contribué à entretenir ce malentendu en laissant à penser qu’avec une seule conception de répartition des puissances vous pourriez équiper tous vos clients !

En effet, compte tenu des exigences et des contraintes propres à chaque porteur, il n’est pas réaliste de chercher à leur imposer le carcan d’un modèle quasi unique.

À ce titre l’étude de marché publiée dans Bien Vu de mai 2009, est particulièrement révélatrice. Elle montre, en effet, qu’à peine 32 % des porteurs sont entièrement satisfaits de leurs verres progressifs. La majorité d’entre nous a adopté une segmentation par les prix – haut, moyen et bas de gamme – plutôt qu’une segmentation à partir des besoins visuels.

Ainsi, si l’environnement marketing diffère, les géométries (en terme de répartition de puissances) restent
fondamentalement semblables
afin de convenir au plus grand nombre. C’est la richesse des documents  marketing fournis qui justifient bien souvent la montée en gamme. On aboutit ainsi au type de progressif généraliste courant dont nous allons étudier ici les forces et les faiblesses.

Rappelons que pour voir net un objet à travers un verre progressif il faut respecter deux contraintes :

  1. La ligne de regard doit se situer dans une zone d’aberrations faibles, de préférence inférieures à 0.50 D.
  2. La ligne de regard doit passer par la puissance additionnelle nécessaire pour voir net l’objet observé.

Schéma 1

La vision de loin est dégagée, elle est large et assez nette sauf sur les extrémités, en nasal ou en temporal, où nous avons une augmentation de puissance qui va « myopiser » le porteur.

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Schéma 2

Le progressif courant sacrifie la vision intermédiaire au profit de la vision de loin et de la vision de près.
En effet sur ce schéma vous constatez que la vision intermédiaire est très étroite. Pour une addition 2.50 D,
celle-ci va être d’environ 2 mm de large, offrant ainsi un champ de vision net d’à peine 7 cm de large sur l’écran.

Une progression courante étant de 0.22 D par millimètre, la fenêtre dans laquelle la ligne de regard doit passer pour voir l’ordinateur en VI est de 1 mm de haut pour 2mm de large. Il est aisé de comprendre l’inconfort du porteur qui, durant toute sa journée de travail, doit ramener sa ligne de regard à l’intérieur de ce petit rectangle.

Pour la même raison, un porteur travaillant dans un atelier de production risque de se blesser puisqu’il
ne peut pas voir net les objets en VI lorsqu’il se déplace
. En effet le progressif courant n’est pas conçu non plus pour cette utilisation.

Un porteur qui utilise un plan de travail étendu ou un grand écran sera handicapé pour les mêmes raisons.
Tous les porteurs ayant besoin de voir net dans un rectangle supérieur à 5 cm de haut sur 10cm de large
à 70 cm de distance (et ils sont nombreux) seront pénalisés
. Par exemple, un coiffeur, un musicien, un peintre, un sculpteur, auront l’impression d’être « enfermés » dans un « tunnel », n’ayant aucune possibilité
d’avoir une vue d’ensemble à la distance de travail.

Plus couramment, en voiture, le progressif standard ne permet pas de bien voir le GPS situé sur le coté.
En bref, le progressif courant n’est absolument pas conçu pour une utilisation en vision intermédiaire. Tout porteur ayant un besoin important en VI sera donc handicapé par le progressif courant.

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Schéma 3

La vision de près est confortable pour une personne qui travaille assise, regarde dans l’axe et n’a pas
besoin d’un champ large
.

Par contre, si elle travaille debout, ne regarde pas dans l’axe ou a besoin de voir net en hauteur, elle ne sera pas à l’aise avec un progressif courant ; elle a besoin d’un progressif adapté.

Un vendeur sur une table de vente et utilisant un ordinateur constate que la VI du progressif courant n’est pas adaptée et sa VP non plus, sauf à ce qu’il regarde dans l’axe, comme un professeur d’école.

Un barman, une hôtesse d’accueil ou un contremaître qui travaille debout ont besoin d’un verre progressif
permettant une bonne vision non seulement à 40 cm mais aussi à 60 cm et 70 cm, ils ont donc plutôt  besoin d’une progression plus longue

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Conclusion

Le progressif courant a rendu d’immenses services à notre filière, tant à notre niveau de verriers qu’à celui
de votre profession d’opticien. Aujourd’hui, compte tenu des technologies nouvelles mises à votre  disposition et des insatisfactions constatées chez nombre de porteurs, nous entrevoyons pour vous, un champ de développement nouveau grâce aux progressifs spécifiques.

Nous avons en effet la conviction qu’il s’agit d’une démarche exigeante mais autrement valorisante pour
vous et la profession qu’une bagarre stérile sur les prix. C’est en tous cas la démarche pour laquelle nous militons ardemment.