Les verres galbés numériques

Vous témoignez d’une demande croissante du public pour l’équipement en optique de montures galbées, dans l’esprit solaire ou sport. Vous êtes alors partagé entre le souci de répondre positivement à votre client et le risque, souvent observé, de résultats optiques
médiocres. Pourquoi ?

Sur ces montures très galbées, plus l’angle de la ligne de regard s’éloigne de la perpendiculaire au verre, plus on voit apparaître des aberrations et des distorsions dues notamment aux astigmatismes obliques. En effet, en chaque point, la puissance perçue est différente de la puissance mesurée et de la puissance prescrite. Les résultats optiques sont médiocres (voir schéma 4).

Existe-t-il des solutions ?

Jusque récemment, les techniques de surfaçage classiques ne permettaient pas de résoudre pleinement ces problèmes. En effet, avec les surfaces sphériques (ou asphériques), on ne peut faire varier que l’endroit du verre où l’oeil pourra voir avec une acuité visuelle raisonnable. L’étendue du champ de vision reste par contre restreinte. Comme pour chaque angle de regard, la puissance perçue change, il faudrait calculer la courbure du verre en chaque point pour obtenir localement la puissance requise. Malheureusement ceci donne des surfaces complexes irréalisables par les technologies traditionnelles.

Aujourd’hui les technologies numériques permettent de s’affranchir de ces contraintes. Les résultats sont alors spectaculaires (voir schéma 5), à condition de maîtriser à la fois le calcul des surfaces et la fabrication par ces techniques nouvelles. Certains verriers en maîtrisent aujourd’hui la complexité et vous permettent ainsi de développer un vrai marché additionnel.

Nous vous proposons à l’aide de plusieurs schémas de mieux comprendre les limites des verres traditionnels et les possibilités qui s’offrent à vous pour appréhender le marché des montures à verres correcteurs galbés. Les bénéfices mis en évidence ici peuvent d’ailleurs s’appliquer aussi aux montures traditionnelles.

Trois paramètres principaux influencent les performances visuelles obtenues avec des montures fortement galbées :

 

  • A. l’angle pantoscopique :

Il concerne l’angle que forment les branches avec le plan de la face, il est généralement de 8° à 10°. Ceci concerne tous les types de montures. Sur chaque schéma, les rectangles situés à gauche et à droite de chaque verre permettent de voir la position verticale du verre.

  • B. l’angle de face, aussi appelé angle du dièdre :

Se dit de l’angle formé par le plan de chacun des verres. Les montures galbées ont généralement un angle de face supérieur aux montures optiques courantes. Les rectangles situés en dessous de chaque verre permettent de voir leur position en vue de dessus.

  • C. la base du verre :

Se dit de la courbure de la face avant du verre, elle dépend de la puissance du verre; on peut la mesurer avec un sphéromètre.

Étudions l’influence de ces trois paramètres sur des verres + 4.00 D

Nous allons vous montrer l’acuité perçue par le consommateur lorsque nous faisons varier ces paramètres.

Schéma 1 : acuité visuelle « théorique » puisque le verre n’est pas encore monté dans la monture.

Schéma 2 : rôle de l’inclinaison de la face de la monture et explication des inconforts exprimés par des clients en vison latérale et de loin.

Schéma 3 : angle de dièdre (angle de face) qui rend cet équipement insupportable.

Schéma 4 : à la surprise de certains, il y a amélioration des performances visuelles due à l’augmentation de la base.

Ces quatre schémas montrent à l’évidence les limites des verres traditionnels. Désormais, il vous est possible d’avoir recours aux verres numériques dont les résultats spectaculaires sont clairement mis en évidence dans le schéma 5.

Nous présentons ici les schémas d’une manière originale qui consiste à repérer l’acuité visuelle perçue par le porteur. L’échelle
varie d’une acuité de 10/10 en bleu profond à une acuité de 5/10 en brun. Cette échelle se trouve sur la droite du schéma. Les acuités inférieures à 5/10 ne sont pas détaillées. (Avec cette grille, vous pourrez mesurer l’acuité visuelle perçue pour les différentes lignes de regard, et éventuellement régler les montures de votre client en cas d’inconfort).

 

Schéma 1 : Verre +4.00 D, base standard (5,61), indice 1,6

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La vision est bonne sur la zone centrale (bleu profond acuité 10/10), mais elle n’est pas satisfaisante en périphérie (brun 5/10). On oublie souvent ce résultat surprenant pour les verres traditionnels. Il se vérifie aisément en mesurant les acuités en bord de champ.

 

 

Schéma 2 : Verre +4.00 D, base standard (5,61), dans une monture en tenant compte d'un angle pantoscopique de 8°

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Idem schéma 1, mais l’angle pantoscopique abaisse la zone de bonne acuité (bleu profond acuité 10/10); on améliore ainsi les performances de lecture au détriment de la partie haute du verre. On notera aussi le manque d’acuité latérale (brun 5/10), peu compatible avec les montures de grande dimension.

 

Schéma 3 : Verre +4.00 D, base standard (5,61) monture avec un angle pantoscopique de 8° et un angle de face de 16°

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La position du verre dans l’espace, due à l’angle du dièdre, réduit la zone d’acuité. La perte d’acuité en partie nasale ne permet plus de lire (brun 5/10). La vision binoculaire n’est possible que dans une portion très réduite autour du point blanc. Extrême difficulté à porter cet équipement.

 

Schéma 4 : Verre +4.00 D, un angle pantoscopique de 8° et un angle de face de 16°, mais à travers des verres basés de 8 (7,83)

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Idem schéma 3. L’augmentation de la base peut parfois, comme dans ce cas, améliorer les performances visuelles du verre. Cependant, l’angle du dièdre ne permet pas de lire (brun 5/10); la zone de vision binoculaire même légèrement agrandie reste notoirement insuffisante. Ces verres sont impossibles à supporter.

 

Au cours du temps, le besoin de produire des verres plus esthétiques a poussé les verriers à diminuer les bases couramment utilisées. On oublie souvent que ceci se fait au détriment des performances visuelles offertes au porteur.

En résumé, même s’il peut varier d’une prescription à l’autre, ce phénomène est absolument général. L’illustration donnée avec les verres +4.00 ne retire rien à la généralité du problème. Avec des verres classiques sur des montures traditionnelles, le cycliste ou l’enfant, lorsqu’ils regardent dans la zone haute du verre, ne bénéficient pas de la zone d’acuité optimale du verre.

De plus si l’équipement est galbé, le flou dans les zones
périphériques et la quasi inexistence de vision binoculaire rendent le port de ces équipements particulièrement désagréable. Imaginez ce que le même type d’analyse donnerait avec des verres progressifs !

 

Une solution grâce aux nouvelles technologies

Schéma 5 Verre +4.00 D, angle pantoscopique de 8° et angle de face de 16°, mais verres basés de 7,83; verres numériques

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Dans l’approche du surfaçage numérique nous calculons la puissance du verre en chaque point sans être limité par la technologie de fabrication. Ceci permet de réduire fortement les distorsions et les aberrations pour chaque angle du regard. L’élimination des déformations et l’amélioration de l’acuité visuelle sont vraiment spectaculaires. La vision binoculaire est rétablie.
L’acuité est bonne sur tout le verre.

Dans toutes ses utilisations, le verre numérique représente un formidable progrès, pour les verres basés ou pas.

Il existe des témoignages de porteurs exigeants qui ont vu leur acuité visuelle améliorée avec des verres numériques même de faible correction tels que +0.25 dioptries. Il peut exister des puissances pour lesquelles les verres traditionnels donnent des résultats acceptables sur tout le verre.

Dans la grande majorité ce n’est pas le cas et surtout pas sur des montures galbées.

Les verres numériques unifocaux et progressifs donnent de bons résultats dans tous les cas de figures.